Hellzine n°11 | Interview complète d'Arch Enemy

Après l’interview de Sharlee D’Angelo (basse) pour la sortie du DVD live « As The Stages Burn », nous n’espérions pas un nouvel entretien avec Arch Enemy de sitôt ! Et pourtant, seulement quelques mois plus tard nous recueillions les propos d’Alissa White-Gluz (chant) à propos du nouvel album du groupe « Will To Power ». Un album très attendu, surtout au tournant...

Cela fait trois ans que tu as rejoint Arch Enemy, peut-on donc commencer par tes impressions générales et éventuellement évoquer quelques moments forts depuis ton arrivée dans le groupe ?

Comme tu le dis, ça fait un peu plus de trois ans maintenant que j’ai commencé à travailler avec les gars d’Arch Enemy et tout s’est passé de façon très naturelle. Principalement grâce à Angela qui m’a guidée et aidée à préparer mon entrée dans le groupe. C’est arrivé au bon moment pour moi et c’était une opportunité formidable de pouvoir écrire pour « War Eternal », d’enregistrer et de tourner en tant que frontwoman d’Arch Enemy, qui est un groupe que j’aime et qui fait de la bonne musique. Et puis, nous avons des fans géniaux et dévoués. Tout est génial jusqu’à présent !

À propos du nouvel album maintenant, peux-tu résumer le processus de création de « Will To Power » ? Aussi, n’était-ce pas compliqué de travailler dessus, alors que vous étiez constamment en tournée cette année ?

En gros, depuis la sortie de « War Eternal », on a commencé ce qu’on pourrait appeler le « Tour Eternal », parce que nous avons tourné comme des fous ! Mais tu sais, dans Arch Enemy, nous travaillons tous très dur, on ne s’arrête jamais vraiment, en fait (rires). Ça fait plus d’un an qu’on pense à « Will To Power », mais le processus a réellement démarré ces derniers mois, quand Michael a commencé à composer la musique. Puis nous avons travaillé ensemble pour écrire les paroles. Ensuite, nous sommes allés enregistrer en Suède. Les arrangements orchestraux et le mix ont aussi été faits en Suède et c’est à peu près tout !

Il n’y a aucune chanson baptisée « Will To Power ». Peux-tu expliquer pourquoi vous avez choisi ce titre en particulier et en expliquer la signification ? S’agit-il d’un concept album ?

Non, ce n’est pas un concept album à proprement parler. « Will To Power » est évidemment une référence à Nietzsche, qui était un homme brillant mais il était également considéré comme fou par certaines personnes. Son travail, situé entre la science et la philosophie, était assez controversé parce qu’il était très cynique et critique envers la société. Il s’est beaucoup interrogé sur le concept de la vie et de la mort et je pense que chacun s’est posé des questions là-dessus à un moment donné, notamment lors de la perte d’un être cher. Malheureusement, j’ai dû faire face à plusieurs pertes ces dernières années et j’ai commencé à y réfléchir. C’est ce qui m’a amenée à la pensée de Nietzsche. Pour expliquer son propos en utilisant la science basique que tout le monde connaît, disons en gros que tout est constitué d’atomes et les atomes qui nous constituent sont les mêmes que ceux qui composent cette table ou le soleil ou la planète Vénus. Et donc, ces atomes peuvent autant constituer des objets, comme une table ou une chaise, mais aussi des êtres, comme un chat, un éléphant ou un humain. Mais quelle est cette force qui permet à ces particules inanimées de former des êtres vivants et conscients ? Nietzsche dit qu’il s’agit de la volonté de puissance (« will to power ») qui différencie les objets des êtres vivants. Et cette volonté de puissance ne conduit pas seulement les êtres à exister et à se reproduire tels qu’ils sont, elle les pousse aussi à vouloir s’améliorer, évoluer. Les arbres grandissent et vieillissent, les animaux s’adaptent à leur environnement, les humains veulent toujours apprendre de nouvelles choses, devenir plus forts. Pour Nietzsche, c’est la vraie source de la vie et c’est une pensée positive, malgré son scepticisme. Mais cette course pour le pouvoir peut aussi être une source de choses négatives, parce qu’on sait que les personnes les plus puissantes au monde peuvent être les personnes les plus diaboliques. Je trouve que c’est une vision de la vie intéressante et c’est ce dont on parle sur l’album, par rapport à la vie en général. Nous avons choisi ce nom, « Will To Power » après que toutes les chansons aient été écrites et titrées, mais je pense que nos fans seront capables de voir plus loin et de comprendre où l’on a voulu en venir avec ça.

C’est vraiment très intéressant, merci pour les explications ! L’artwork est aussi très intéressant, très symbolique. D’abord, comment avez-vous rencontré Alex Reisfar, l’artiste qui l’a réalisé ?

Eh bien, quand on prépare un nouvel album et que les thèmes sont établis, il faut commencer à penser à la pochette. Michael et moi avons cherché différents artistes, on voulait quelqu’un qui peint, qui ne fait pas que du digital et on cherchait aussi un côté « old school ». On a fini par trouver Alex, qui est justement peintre et qui a accepté de faire un test. On lui a confié les paroles pour qu’il puisse s’en inspirer et il a travaillé très vite. Effectivement, c’est un artwork très symbolique, avec une géométrie intentionnelle. On peut y voir aussi beaucoup de mouvement si on regarde de près. Il colle vraiment bien à l’album !

Est-ce que tu peux expliquer un peu cette symbolique ?

Tout d’abord, il y a cette collection d’animaux : le loup, la chauve-souris vampire, la chèvre, au centre un crâne pour représenter l’humain et le serpent, l’ouroboros qui traverse l’ensemble. Le serpent est aussi associé à des sentiments négatifs et le fait qu’il passe à travers les autres animaux signifie qu’il leur transmet ces sentiments… Je n’ai pas envie d’en dire plus, parce que je pense qu’il est plus intéressant pour les gens d’observer par eux-mêmes et de trouver leur propre perception. D’un point de vue artistique, c’est vraiment très intéressant à analyser.

Sinon, on peut finalement entendre du chant clair sur l’album ! Ce qui va sans aucun doute ravir tes fans de longue date, mais c’est quand même quelque chose d’absolument nouveau pour Arch Enemy, donc comment penses-tu que les fans du groupe vont réagir ?

Arch Enemy est un groupe qui existe depuis plus de vingt ans et je pense qu’avec une carrière comme ça et après dix albums, tu es autorisé à faire quelque chose d’un peu différent... Tu vois ce que je veux dire (rires) ? Arch Enemy n’a jamais été un groupe qui essaie de se conformer à quelque règle que ce soit, donc pourquoi devrait-on se tenir à certains standards préétablis ? Notre but est de faire les meilleures chansons possibles, la meilleure musique possible et j’attache beaucoup d’importance à donner un sens aux mots que je chante, à les interpréter de la meilleure façon. Et cette chanson « Reason To Believe », avait besoin de ce tempo lent et je trouvais que ça n’avait pas vraiment de sens de crier dessus, alors qu’en les chantant en voix claire, c’était beaucoup plus approprié. C’est une chanson que Michael a écrite et quand il me l’a présentée, je lui ai demandé de m’expliquer ce à quoi il avait pensé en l’écrivant pour pouvoir m’approprier ses émotions et les transmettre et il s’est avéré que je me retrouvais dans ce texte. C’est pourquoi j’ai choisi de l’interpréter de cette façon, c’est venu de façon très naturelle.

Est-ce qu’il y a une chanson que tu préfères personnellement sur l’album ?

C’est toujours un peu difficile de choisir une chanson en particulier, mais j’adore « Blood In The Water », je la trouve géniale du début à la fin. Elle est vraiment complète : puissante, dynamique, mélodique… Personnellement, je pense que c’est ma chanson préférée d’entre toutes celles d’Arch Enemy. Je suis vraiment impatiente que les gens l’entendent !

D’un autre côté, on peut remarquer qu’Arch Enemy est un groupe proche de ses fans et que toi, en tant qu’artiste, inspires beaucoup de personnes. Mais toi, où trouves-tu ton inspiration ?

Dans Arch Enemy, on chante depuis des années « one for all, all for one » et on le pense vraiment. Nous formons une communauté avec nos fans, nous sommes tous les mêmes et ça m’inspire beaucoup. Autrement, je trouve de l’inspiration tous les jours dans plein de choses : ça peut venir de quelqu’un que je vois, quelqu’un à qui je parle, quelque chose que je vois quand je regarde par la fenêtre, quelque chose que je lis, … Ça dépend vraiment, tous les jours sont différents et je suis plus inspirée certains jours que d’autres. Et je pense qu’on est tous différents quand il s’agit d’inspiration, comment on la trouve, comment on l’utilise, mais pour moi, c’est très variant.

Encore dans un autre registre, que peux-tu me dire aujourd’hui à propos de ton projet solo ?

En gros, Angela m’a suggéré de m’investir dans un autre projet artistique pour les moments où Arch Enemy serait « off ». Angela est aussi le manager de ce projet solo, appelé « Alissa ». Le truc, c’est que j’ai toujours plein d’idées, j’adore travailler et quand Arch Enemy prend une pause, ce qui n’arrive pratiquement jamais (rires), je m’occupe de ce projet, mais aussi d’autres dans lesquels je suis impliquée. De ce fait, je sortirai quelque chose avec « Alissa » l’an prochain, parce que cette année, j’ai déjà sorti beaucoup de choses. Enfin, ce sera quelque chose de très différent d’Arch Enemy, plus Rock, peut-être un peu Heavy d’une certaine façon. Pour l’instant, la moitié de l’album est composée, mais je dois encore trouver un moment pour organiser l’enregistrement, parce qu’avec mon agenda et celui des musiciens qui vont participer, qui sont aussi souvent en tournée, ce n’est pas évident. Mais à chaque fois que j’ai du temps libre, j’y travaille avec beaucoup de plaisir.

Je vais être hors sujet maintenant, mais un de nos rédacteurs prépare un article sur le véganisme sur la scène Metal et je pense que tu es une personne appropriée pour parler de ce sujet. As-tu un commentaire à faire ?

Dans Arch Enemy, on parle beaucoup de la prise de conscience, on essaie de faire tomber les œillères, d’amener les gens à ne pas seulement exister, mais à vivre en poursuivant un but. Et je pense que c’est un bon début pour que les gens ouvrent leurs yeux et leur esprit, qu’ils sortent du conditionnement, du matraquage publicitaire qui les pousse à acheter des produits néfastes pour la nature, pour les animaux ou les autres êtres humains. Personnellement, je suis vegan depuis plus de vingt ans maintenant. À l’adolescence, j’ai réalisé qu’être simplement végétarienne n’était vraiment pas suffisant, j’ai pris conscience que l’industrie animale englobait bien d’autres produits et que le problème était là, dans cette industrie. Je suis donc devenue vegan pour protester contre ça. Mais être vegan, ce n’est pas seulement défendre les animaux, c’est aussi enlever du pouvoir aux grosses compagnies qui régissent tout pour en redonner aux producteurs locaux. C’est aussi prendre le contrôle de sa santé, c’est arrêter de contribuer à la destruction de l’environnement. Pour moi, le véganisme est la solution a énormément de problèmes sociétaux. Je pense que chaque personne sensible à ce sujet doit se documenter et je leur conseille de commencer par regarder des documentaires, car il en existe énormément de très intéressants. Quand on voit la réalité, on se sent différent et on ne peut qu’avoir envie d’aller contre ça, parce qu’on ne peut pas être d’accord avec ce que l’on supporte depuis autant d’années sans le savoir. À chacun de faire les changements nécessaires pour combattre tout ça. Aujourd’hui, c’est assez facile de changer, car il y a beaucoup plus d’options véganes qu’auparavant, tant pour la nourriture, que les vêtements ou les cosmétiques. C’est aussi plus facile de s’informer désormais et je pense que c’est pour ça que les droits des animaux deviennent une priorité pour beaucoup, parce que les gens apprennent, notamment via les réseaux sociaux, à quel point l’industrie animale est cruelle. Et puis, je tiens à dire qu’on peut toujours manger des glaces, des hamburgers ou porter des chaussures en cuir en étant vegan, c’est juste fait différemment, à partir de plantes. Mais je pense que le véganisme est en bonne voie actuellement et ce n’est pas une mode, on ne devient pas vegan pour quelques mois, c’est une façon de vivre et de penser en ayant conscience de l’existence de chaque être vivant. Personnellement, c’est ce que je suis, je ne me suis pas forcée à quoique ce soit !

Quand quelqu’un te dit qu’il est devenu vegan grâce à toi, qu’est-ce que ça t’évoque ?

Honnêtement, c’est la chose la plus inspirante qui soit ! J’ai toujours voulu informer les gens, montrer l’exemple. J’ai un job très prenant, des horaires de travail très fatigants, mais je suis en bonne santé et j’ai beaucoup d’énergie. Si j’arrive à faire tout ça, c’est parce que je suis vegan. Et quand les gens me remercient de les avoir aidés, ça me rend vraiment heureuse.

Et pour finir, as-tu quelques mots pour les fans belges ?

Au nom d’Arch Enemy, je remercie tous les fans belges pour leur soutien, c’est toujours un plaisir de venir vous rencontrer et nous sommes impatients d’avoir une nouvelle opportunité de jouer en Belgique, parce que les shows y sont toujours super. On espère vous revoir bientôt et aussi que vous aimerez « Will To Power » !

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