Aeranea

Lors du dernier FemME festival d’Eindhoven, ce qui nous ramène tout de même en septembre 2017, j’ai pris un peu de temps entre deux concerts pour discuter avec Lilly (chant) et Stefan (guitare) du groupe allemand Aeranea afin de les connaître un peu mieux. Ils se présentent dans ces lignes…

Pour commencer, quelles sont vos impressions concernant votre show de ce matin ? Stefan : Le concert était super, il y avait plus de monde qu’espéré. Ce que je veux dire, c’est que quand tu joues en premier, tu ne sais jamais à quoi t’attendre, si les gens vont être intéressés ou non. Mais c’était bien, bon son, bon public. Lilly : Oui, c’était très agréable de voir autant de gens, dont pas mal qui étaient présents lors de la battle. J’en ai reconnu quelques-uns.

Autrement, pouvez-vous résumer l’histoire du groupe et présenter ses membres ? Lilly : Pour le moment, nous sommes quatre personnes qui s’amusent ensemble en faisant de la musique. (rires) Il y a Felix à la batterie, Chris à la guitare rythmique, Stefan à la guitare lead et moi, Lilly, au chant. Quant à l’histoire du groupe, il vaut mieux que ce soit Stefan qui la raconte… Stefan : Pour résumer, j’ai commencé le groupe il y a quatre ou cinq ans. A l’époque, je faisais partie d’un groupe de death metal technique et n’étais pas satisfait de jouer ces trucs compliqués auxquels il manquait une dimension émotionnelle. J’ai donc commencé ce projet en vue de composer de la musique qui me correspondait plus. La première année, il ne s’est pas passé grand-chose parce qu’il n’y avait pas encore vraiment de line-up, je travaillais sur des démos avec lesquelles on s’est finalement dit qu’on pourrait faire un album. Ensuite, le groupe à splitté en quelque sorte et c’est à ce moment-là que cette fille est arrivée et a tout chamboulé. (rires) C’est à ce moment-là que les choses ont commencé à bouger et qu’Aeranea a évolué. C’est à peu près tout pour l’histoire. Nous avons donc sorti un album avec une première chanteuse et ensuite deux EP, le dernier lors de ce festival (Ndr. : « The Demons Inside »). La prochaine étape est de sortir un full album.

Je sais qu’en général les groupes n’aiment pas être classés dans un genre en particulier, mais comment décririez-vous votre musique ? Stefan : C’est changeant… Lilly : Oui, c’est changeant, on ne le sait pas vraiment nous-mêmes. On essaie toujours de faire quelque chose de nouveau. Au début, ça ressemblait plus à du doom, après c’était un peu plus gothique et maintenant on avance vers quelque chose de plus metal. Stefan : Le problème, si c’est réellement un problème, c’est que Lilly et moi sommes les personnes qui écrivent le plus dans le groupe. En général, elle comprend où je veux en venir avec mes idées stupides. (rires) Je lui dis : « Hey, je voudrais faire une chanson comme ça, ou comme ça » et on voit où ça nous mène. Si tu veux mettre une seule étiquette sur notre musique, eh bien… Pfff ! (rires) Lilly : Female fronted gothic doom metal ! Stefan : Pour les gens déprimés ! Ouais, ce serait une bonne étiquette ! (rires)

J’ai lu quelques reviews de vos précédentes sorties et on vous compare parfois à Lacuna Coil. Qu’en pensez-vous ? Stefan : Si Seulement ! Lilly : Personnellement, je suis honorée qu’on soit comparés à Lacuna Coil, c’est un super groupe qui fait un travail formidable. Le truc, c’est que les gens ont toujours besoin de comparer. Je ne comprends pas vraiment ça d’ailleurs, mais c’est agréable à entendre. Stefan : Je pense que je comprends pourquoi. C’est parce que Lacuna Coil est aussi un groupe « female fronted » qui ne fait pas de symphonique, ni d’extrême comme Arch Enemy ou The Agonist. Ils sont juste entre les deux et il n’y a pas énormément de groupes qui ont ce son-là. Je pense que c’est pour ça qu’on nous compare.

Lilly, en tant que chanteuse, qui sont les chanteurs qui t’inspirent ? Lilly : Oh ! Il y a beaucoup de chanteurs qui m’inspirent. Récemment, j’ai beaucoup écouté Evergrey et Katatonia et ils m’ont beaucoup inspirée parce que leurs voix transmettent parfaitement le sentiment de dépression. J’ai un peu de mal à l’expliquer, mais ils parviennent à chanter avec leurs tripes. Il y a aussi beaucoup de chanteuses qui m’inspirent pour leur technique, mais elles ne font pas spécialement partie de la scène metal.

Et quelles sont vos influences dans le groupe, en général ? Stefan : Il y en a tellement ! On a vraiment beaucoup d’influences différentes. Par où commencer ? On est inspirés par beaucoup de choses différentes, ça peut être des histoires qu’on lit, des nouvelles, etc. Musicalement, Dream Theater est un groupe très important pour moi, car c’est grâce à eux que j’ai commencé à apprendre à jouer d’un instrument. Sinon, je suis le plus grand fanboy de Gojira et de Devin Townsend. (rires) Je ne pense pas que ça s’entende dans notre musique, mais ils m’inspirent parce que ce sont des groupes qui ne se répètent pas, ils se renouvellent et n’ont pas peur de décevoir. C’est quelque chose que j’admire, ça demande beaucoup de courage de faire ça. Lilly : Je peux peut-être parler d’un événement qui m’a beaucoup inspirée cette année et qui a eu une énorme influence sur l’écriture des textes qui figurent sur « The Demons Inside » : c’est le suicide de Chester Bennington. Ça m’a fait beaucoup réfléchir, à propos du suicide, à propos de ce que les gens ressentent.

Vous venez donc de sortir cet EP, « The Demons Inside ». Pouvez-vous revenir sur sa création ? Lilly : En fait, nous n’avons pas eu beaucoup de temps pour le préparer. On a gagné le concours et on s’est dit qu’on devait sortir quelque chose. On avait quelques morceaux prêts, que Stefan avait composés et sur lesquels j’ai travaillé. Stefan : On était en train de travailler sur un album complet quand on a gagné la battle, donc on s’est un peu demandé ce qu’on allait faire. Ca a un peu changé le cours des choses et on voulait, bien sûr, sortir quelque chose de bien. On a finalement opté pour quelque chose de censé, c’est-à-dire montrer la direction qu’on va probablement prendre sur l’album. Pour le reste, ça a été une question de timing pour pouvoir se réunir tous ensemble. Lilly : En fait, on a écrit plus que les trois chansons qui sont sur l’EP, mais on ne les a pas enregistrées à ce moment-là, nous n’avions pas le temps.

Tu as déjà partiellement répondu à cette question, mais de quoi parlent tes textes en général ? Lilly : Comme l’indique le titre de l’EP, ça parle des démons qu’on a en nous, du sentiment de dépression, de la vie en général et de ce qui nous tourmente et des épreuves qu’on doit traverser. Stefan : Il y a plus de personnes qu’on le pense qui ressentent ça et je crois, selon des expériences personnelles, qu’il y en a beaucoup qui ont ce côté sombre. C’est mon cas aussi. Je pense que c’est important de l’admettre et quand j’étais plus jeune, j’écoutais des groupes qui avaient une certaine vision du monde et qui exprimaient des sentiments auxquels je pouvais m’identifier. Ces groupes sont tellement importants pour moi et ils ne parlaient pas de soleil et de papillons. (rires) Je pense que c’est important qu’il y ait des groupes qui nous donnent l’impression d’être soutenus, on se sent moins seuls et on se sent plus normaux, on n’a plus cette impression d’être bizarres. Lilly : Oui, c’est une sorte de main tendue, on sait ce qu’ils traversent et on veut le partager avec eux. Je veux être leur voix, en quelque sorte.

Les auditeurs peuvent considérer la musique comme une thérapie, mais vous, en tant qu’auteur et compositeur, est-ce que vous ressentez la même chose ? Lilly : Oui ! Il y a un moment dans ma vie où j’ai commencé à écrire parce que je passais des moments difficiles et l’écriture m’a beaucoup aidée à surmonter ça. Donc oui, je suis complètement d’accord avec ça.

Est-ce qu’il y a des chansons que vous aimez particulièrement jouer sur scène ? Lilly : J’étais très impatiente de chanter les nouvelles chansons, parce qu’on ne les avait encore jamais jouées sur scène, et je pense qu’elles ont bien fonctionné. Je me suis amusée. J’aime beaucoup « Forgotten And Numb », c’est une chanson qui est chère à mon cœur. Elle n’est pas joyeuse mais j’aime la chanter. Stefan : J’aime « The Fall », je trouve qu’elle dégage beaucoup d’énergie. Lilly : Et on a trollé le public avec celle-là ! (rires) En fait, il y a un break à un moment et tout le monde a applaudi, mais non, ce n’était pas encore fini !

En dehors d’un éventuel album, quels sont vos projets pour l’année prochaine ? Lilly : On va essayer de booker des concerts pour 2018, continuer d’écrire et de composer pour l’album, parce qu’il y a encore beaucoup de travail à faire et c’est à peu près tout pour le moment. Stefan : Nous ne sommes pas un groupe qui fait de la musique à temps plein, on a des jobs, d’autres groupes, des petit(e)s ami(e)s, donc on doit arranger nos horaires en fonction de tout ça. C’est parfois compliqué mais on se débrouille. Ce qu’on aimerait surtout, c’est de pouvoir rejoindre une tournée et personnellement, j’ai hâte qu’on fasse cet album, parce que j’adore le processus créatif. C’est très important pour moi.

Interview : Isa

Pour suivre l’actu d’Aeranea : www.facebook.com/aeranea - www.aeranea.com

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