Hellzine n°13 | Interview complète de Jinjer

Presque deux ans après une première interview dans ces pages où l’on découvrait à peine Jinjer, les Ukrainiens ont fait du chemin. Et c’est en face à face cette fois, après leur concert au Trix en support d’Arch Enemy, que nous nous entretenons à nouveau avec Tatiana (chant), accompagnée d’Eugene (basse) pour faire le point sur leur évolution.

N’était-ce pas votre première fois ce soir en Belgique ? Quelles sont vos impressions ?
Tatiana : Je pense que c’était notre deuxième fois, en fait. Si je me souviens bien, nous étions aussi passés par la Belgique lors de notre précédente tournée européenne, en 2014, je crois. Eugene : Oui, nous avions joué à Liège ! Tatiana : Je pense qu’on a été bons ce soir ! (rires) Et je pense que c’est justement parce que c’était notre deuxième fois chez vous, il y avait des gens qui nous connaissaient déjà et on a pu compter sur leur soutien pendant le show.

D’ailleurs, le line-up de cette tournée est très diversifié. Est-ce que vous pensez que grâce à ça vous arrivez à toucher un autre public ?
Tatiana : C’est difficile à dire, je pense qu’il y a plusieurs cas de figure sur cette tournée. Il peut y avoir un show où plein de gens viennent pour nous voir et d’autres où personne ne nous connaît. Eugene : En début de tournée, en Allemagne, les gens nous attendaient, ils connaissaient nos chansons par cœur, c’était génial ! Je pense que ça dépend des pays, en fait. Tatiana : Oui et je pense qu’on arrive à convaincre des gens au fil des dates, on parvient à les « Jinjeriser » ! (rires)

Et d’une manière générale, comment se passe cette tournée ?
Tatiana : Ça se passe super bien ! Ça fonctionne comme une machine, tout s’enchaîne et est réglé comme une horloge. Bon, il y a parfois quelques aléas, mais rien d’important. Eugene : Personnellement, s’il y a une seule chose dont je me plaindrais, c’est notre temps de jeu vraiment court et souvent, on joue très tôt, donc ça arrive que certaines personnes ne puissent pas nous voir à cause des files d’attente aux entrées.

Vous partirez ensuite en tournée avec Cradle Of Filth aux Etats-Unis. Quelles sont vos attentes ?
Tatiana : Pour moi, l’idée de partager la scène avec Cradle Of Filth me paraît bizarre, parce que nos styles de musique sont complètement différents. Mais je pense que ça peut vraiment être une expérience intéressante et je suis impatiente. Eugene : On va jouer dans des endroits où nous ne sommes jamais allés et je sais que des fans nous attendent là-bas.

D’un autre côté, est-ce que vous êtes perçus différemment en Ukraine aujourd’hui ?
Tatiana : Je pense qu’on est sous-estimés en Ukraine. Eugene : Je pense la même chose. En fait, nos fans locaux ne sont pas impressionnés par notre évolution, ils nous connaissent depuis dix ans, sont venus à nos premiers concerts et trouvent qu’il n’y a rien de spécial avec Jinjer.

C’est dingue, ils devraient être fiers de vous !
Eugene : Certains le sont, bien sûr, mais beaucoup réagissent comme je viens de l’expliquer. Tatiana : Je vais chercher un shot, ça me contrarie d’y penser ! (rires) Eugene : Je pense que beaucoup de groupes connaissent le même phénomène, que leurs premiers fans les considèrent comme acquis et les sous-estiment. A force, on s’y fait !

Du coup, ma prochaine question tombe peut-être à l’eau… Est-ce que votre notoriété a aidé d’autres groupes à sortir d’Ukraine ?
Eugene : Je ne dirais pas que c’est notre popularité qui les aide, dans le sens où on les aide nous-mêmes. Je veux dire, si on a l’opportunité de jouer en dehors de l’Ukraine, ça nous arrive d’emmener un autre groupe ukrainien avec nous. Cela dit, concernant notre popularité, je pense qu’on se la doit à nous-mêmes aussi. Pour en arriver où nous en sommes aujourd’hui, cela nous a coûté énormément, dans tous les sens du terme, pas que financièrement parlant. On a eu tellement de merdes sur notre chemin et fait tellement de sacrifices ! Je ne suis pas certain que ce soit à la portée de n’importe quel groupe d’endurer tout ça. Cependant, si c’était à refaire, je le referais sans hésiter ! Tatiana : Ouais ! Je pense que c’est un peu le principe de la vie, si tu veux obtenir quelque chose, tu es obligé de traverser des tas de galères pour y arriver. Et plus le chemin est difficile, plus grande est la récompense ! Voyager partout dans le monde et voir des gens qui chantent tes chansons, c’est la meilleure des récompenses ! Eugene : No pain, no gain ! (rires)

Sinon, votre label, Napalm Records, va ressortir votre album précédent, « Cloud Factory ». Est-ce une nouvelle version ?
Eugene : Ce ne sera pas tout à fait la même version. Il y aura une version vinyle et l’album sera complètement remasterisé, il y aura quelques bonus live et l’artwork aussi sera un peu modifié. La raison de cela, c’est qu’en 2014 nous étions encore peu connus et les gens qui nous connaissent aujourd’hui n’ont pas forcément pu se procurer cet album, alors qu’on joue encore des morceaux qui en sont issus. Je trouve que cet album est cool. Tatiana : Oui, moi aussi. Bien sûr, on sent l’évolution de Jinjer sur « King Of Everything », mais je suis toujours fière de « Cloud Factory ».

D’ailleurs, avez-vous déjà eu l’opportunité de travailler sur un prochain album ou ce sera pour plus tard ?
Eugene : On a déjà des idées pour quelques morceaux, en fait, quelques riffs. Pour le moment, nous n’avons pas beaucoup de temps pour y travailler avec les tournées, mais nous arrêterons en septembre pour nous consacrer à ça. Donc, normalement il devrait y avoir une sortie l’an prochain !

Avez-vous déjà une idée de la direction que vous allez prendre ?
Tatiana : Pour ma part, au niveau des paroles, je pense que ce sera différent. Je ne peux pas me prononcer sur la musique, ça, c’est son truc… Eugene : Musicalement, ce sera plus lent…

Vraiment ?!
Tatiana : Vraiment ?! L’idée ne me plaît pas… Eugene : Oui, plus lent, plus lourd, plus groovy, tu vois ? Tatiana : On ne va pas faire du doom, quand même ?! Eugene : Non, pas de doom ! Tatiana : Progressif ? Eugene : Arrête de m’interrompre ! Non, pas progressif, beaucoup plus progressif !

Sinon, Tatiana, comment ça fonctionne pour toi ? Tu as besoin de la musique pour écrire tes textes ?
Tatiana : En général, les mecs s’occupent de la musique, c’est leur truc et ils m’envoient des démos que j’écoute en boucle. Ça m’est déjà arrivé d’écouter un morceau une journée entière sans rien faire d’autre que de me concentrer sur la musique et les émotions qu’elle me procure. Seulement après, je commence à écrire des paroles et c’est un exercice qui me prend beaucoup de temps, parfois jusqu’à deux semaines pour une seule chanson. Je fais attention à chaque mot que je choisis. Eugene : C’est vrai, Tatiana est très soigneuse dans sa façon d’écrire, il n’y a jamais un mot en trop.

Tu as déjà une idée des thèmes que tu vas aborder ?
Tatiana : Je pense que ce sera un peu ésotérique, cette fois. J'ai beaucoup écrit sur des sujets sociaux et personnels et j’ai envie de changer un peu. Il y a des périodes comme ça dans la vie, où on a besoin de changement et d’évolution et je pense que c’est bon pour la créativité. Ça a quelque chose de pas naturel de rester accroché à la même chose éternellement. Eugene : Je pense la même chose au niveau de la musique. D’ailleurs, je trouve ça chiant les groupes qui font toujours la même chose. Ils ne prennent pas de risques, j’ai l’impression qu’ils font ça pour l’argent et qu’ils refrènent leur créativité par peur de perdre des fans. Pour donner un exemple, je suis un grand fan de Metallica et l’album que je préfère, c’est « St. Anger », sorti en 2003 ! La plupart des gens ont détesté cet album.

Ca explique un peu votre approche de la musique, en fait…
Tatiana : Complètement ! Il faut être soi-même ! Même si des gens arrêtent d’écouter votre musique, ce n’est pas grave, vous en toucherez d’autres ! Et c’est valable pour d’autres domaines aussi, pas que la musique. Par exemple, si une femme veut rencontrer un homme, je pense qu’il n’y a qu’en étant elle-même qu’elle pourra trouver quelqu’un qui lui corresponde et il y a beaucoup de chances que ce soit le bon ! Forrrever ! On n’a pas besoin de ces fans qui changent d’avis tout le temps « Oh, j’aime cette chanson, pas celle-là, cet album, pas celui-là, blablabla… » Eugene : Ou ceux qui disent « Tatiana a coupé ses dreads, je n’écoute plus Jinjer ! » Sérieusement, on vous emm*rde ! Désolé, on s’enflamme ! (rires)

Un petit mot pour vos fans belges pour finir cette interview ?
Eugene : On va revenir ! (rires)

Traduction : Isa

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