Hellzine n°13 | Interview complète de Nightwish

Déjà vingt ans que Nightwish nous émerveille avec son metal symphonique si particulier, unique en son genre. Le groupe finlandais célèbre l’événement avec un best of intitulé « Decades – An Archive Of Songs : 1996-2015 » et une nouvelle tournée mondiale. L’opportunité pour nous de discuter avec Floor Jansen, chanteuse du groupe depuis 2013.

La sortie de ce best of, « Decades », représente une belle occasion de voyager dans tes souvenirs. Est-ce que tu te souviens de la première fois que tu as entendu parler de Nightwish ou de la première fois que tu as vu le groupe sur scène ? Qu’en as-tu pensé à ce moment-là ?
Je pense qu’il y a eu un peu de temps entre le moment où j’ai écouté leur premier album pour la première fois et le moment où je les ai vus en live. Mais je me souviens de cette période, je commençais à chanter dans After Forever et je m’intéressais à ce que faisaient les autres chanteuses. J’ai toujours aimé les voix plus puissantes et je trouvais que ça manquait un peu, mais quand j’ai découvert Tarja, j’ai tout de suite remarqué sa puissance et Nightwish proposait quelque chose de nouveau et de frais, j’ai beaucoup aimé leur musique. Et si je me souviens bien, la première fois que j’ai vu Nightwish sur scène, c’était en Belgique, au Biebob ! (rires) On était en train de travailler sur « Prison Of Desire » avec After Forever et j’ai rencontré Tarja après le show avec d’autres fans et je voulais l’impressionner en lui apportant quelque chose. (rires) Je pense qu’elle n’a aucun souvenir de ça, heureusement.

Si quelqu’un t’avait dit à cette époque que tu deviendrais leur chanteuse, comment penses-tu que tu aurais réagi ?
J’étais très loyale à After Forever à cette période et je n’imaginais pas une seule seconde que ce groupe puisse s’arrêter et que je puisse devenir la chanteuse de Nightwish à la place.

Et aujourd’hui ça fait presque six ans que tu fais partie de Nightwish, quel est ton bilan personnel par rapport à cette aventure ?
Je ne réalise pas que ça fait déjà cinq ans et demi que je suis avec eux ! C’est comme si c’était hier et en même temps il s’est passé tellement de choses. Cela fait partie de ma vie maintenant et ça l’a complètement changée aussi. Quand un tel groupe te prend dans ses bras, cela t’affecte très profondément et je peux dire honnêtement que ces dernières années ont été les plus heureuses de ma vie. C’est simplement formidable, même si c’est beaucoup parfois ! (rires) Passer sa vie à chanter dans un groupe représente énormément de travail, mais c’est aussi beaucoup de fun. Je pense que l’une des choses les plus importantes dans ce cas, c’est de s’amuser ensemble, comme on passe énormément de temps ensemble et ça se passe tellement bien. Nous avons répété il y a quelques semaines en Finlande, pour la première fois depuis très longtemps et je me suis dit : « Mon dieu, ils m’avaient tellement manqués ! » Cela faisait plus d’un an qu’on ne s’était pas vus et pourtant en se revoyant, on avait l’impression de s’être quittés la veille, le même sentiment que quand tu revois des amis de longue date et c’est tellement agréable ! Et particulièrement à la veille d’une nouvelle tournée mondiale ! (rires)

Justement, est-ce que tu te souviens de la première fois où tu es montée sur scène en tant que frontwoman de Nightwish ?
Et aussi de ce qui t’est passé par la tête à ce moment-là ? Eh bien ! Je dois dire que j’ai commencé en n’étant pas du tout préparée pour une tournée mondiale, comme ils m’ont demandé de les rejoindre sur un concert qui avait lieu à Seattle. Je ne me sentais pas vraiment comme une frontwoman à ce moment-là, je me disais plutôt : « Je ne sais pas où j’ai mis les pieds ». On m’a posé une question il y a quelques temps : « Qu’est-ce qui t’a fait penser que tu en étais capable ? » C’est peut-être arrogant, mais parfois une voix intérieure te dit que tu peux le faire, même si tu penses le contraire. « Tu peux venir chanter avec nous ? », « Oui, bien sûr ! », « Tu connais la setlist ? », « Euh… Non ! » (rires), « J’ai combien de temps pour l’apprendre ? », « 48 heures ! » Tout ça a beaucoup impacté ce premier concert. Je pense que c’est la chose la plus terrifiante que je n’ai jamais faite et en même temps ça été un vrai travail de coopération entre les musiciens et moi, mais aussi le public qui était au courant de la situation. Finalement, c’était une soirée magnifique et ce sentiment de soulagement après, quand toute la tension sort de ton corps, c’était génial !

Aujourd’hui, est-ce que tu as certains rituels avant ou après les concerts ?
Oui, les deux je dirais. Mes rituels sont sans doute très ennuyeux, dans le sens où ils consistent avant le show à m’habiller et à me maquiller, ce n’est pas surprenant. Mais ça me prend quand même plus d’une heure. Il y a aussi une phase de préparation pour être dans le bon mood. En général, je chauffe ma voix pendant les soundchecks, mais si nous sommes en festival et qu’il n’y a pas de soundcheck, je m’échauffe un quart d’heure avant le show. C’est à peu près tout avant un concert. Pour l’after show, ça a un peu changé au fil des années. Au début, je voulais juste m’asseoir, boire une bière et débriefer, mais on a tous une manière différente de fonctionner. Aujourd’hui, je prends le temps d’enlever mon maquillage, qui m’a pris énormément de temps à appliquer, je prends une douche et seulement je m’assois. Et là, c’est le moment de boire un verre de vin ou une bière et c’est un de mes moments favoris, quand tu sais que le travail est fait, que les gens sont contents et que tu as bien mérité de t’asseoir. J’adore !

Et est-ce qu’il y a un moment que tu préfères lorsque tu es sur scène ?
J’aime particulièrement faire ma première entrée en scène, c’est une sensation spéciale. Après, ça dépend de la setlist, j’aime aussi les moments où on se regarde, où on fait certains gestes… Au début, j’avais besoin de planifier ces moments, de trouver comment faire, mais maintenant cela se fait naturellement, on se fait des blagues, on rit avec le public… Bien sûr, nous ne sommes pas un groupe qui fait des chorégraphies, même si on doit s’adapter à la pyrotechnie et aux éléments scéniques, mais je préfère les moments spontanés. Aussi, un autre instant que j’adore, c’est à la fin, quand je regarde le public et que je peux voir que tout le monde est content après avoir partagé beaucoup d’énergie tous ensemble. Je me dis : « Wow », c’est tellement gratifiant de sortir de scène en se disant qu’on a laissé des milliers de gens heureux et ça nous rend heureux aussi.

Je sais que tu as donné énormément de shows, mais est-ce que tu te souviens d’une anecdote de quelque chose de drôle qui s’est passé sur scène ?
Bien sûr, il y a toujours des petites choses qui se passent, mais pas toujours drôle… Enfin, ça dépend pour qui. Un jour, le sol était humide et j’ai glissé devant des milliers de personnes.

Parlons un peu de ce best of maintenant, cela n’a pas été trop compliqué de choisir les morceaux qui en font partie ?
Oh ! C’était presqu’impossible, on aurait pu sortir dix best of si ça ne tenait qu’à moi ! On a fait en sorte de choisir les morceaux que les fans préfèrent, même si c’est presque impossible de satisfaire tout le monde sur une seltlist, il y aura toujours des chansons mises de côté. Mais chacun a pris soin de faire son choix et on a fait une sélection finale.

D’ailleurs, en dehors des chansons issues de « Endless Forms Most Beautiful », desquelles tu es certainement plus proche, quelle est ta chanson préférée de Nightwish ?
Pour ma part, je voudrais d’abord dire que peu importe l’époque ou la chanteuse, que ce soit Tarja, Annette ou moi, c’est toujours Nightwish. Les gens ont tendance à parler d’ères différentes, mais je ne suis pas d’accord. Sinon, une de mes chansons préférées est « Ghost Love Score », mais j’aime aussi beaucoup « The Poet And The Pendulum ».

D’un autre côté, l’année dernière a été assez calme pour Nightwish, mais pas tant que ça pour toi : tu es devenue maman et tu as aussi tourné avec Ayreon et Raskasta Joulua. Comment résumerais-tu ton année 2017 ?
Au début, je me suis dit : « Mon dieu, qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire pendant un an ? Ok, je suis enceinte, je vais avoir un bébé, mais après ? » J’ai complètement sous-estimé la quantité de travail que ça représente en réalité ! (rires) Mais c’est un très beau travail. Après, oui, il y a eu ces dates avec Ayreon pour lesquelles je me suis préparée, puis je suis entrée en studio pour enregistrer des chants de Noël avec Raskasta Joulua qu’on a ensuite joués en live, j’ai aussi chanté sur un album qui n’est pas encore sorti et j’ai enregistré mon propre album. Un album que j’ai écrit en 2008 avec Jørn Viggo Lofstad, le guitariste de Pagan’s Mind. C’était un projet rock à l’époque, mais avec tout ce qui s’est passé avec After Forever, j’ai postposé le projet et finalement, nous n’avons jamais eu l’occasion de le reprendre jusqu’à récemment. On a travaillé là-dessus pendant la deuxième partie de 2017 et on a terminé cet album. Aujourd’hui, il est prêt à sortir, cela se fera avec Nuclear Blast, les détails seront bientôt annoncés, mais ça devrait sortir en octobre de cette année. Avec tout ça, en janvier 2018, je me suis dit : « J’ai besoin de vacances ! » (rires) Cette année a été superbe, j’adore travailler et je ne suis pas le genre de maman qui reste à la maison. En ce moment, je me prépare pour la prochaine tournée de Nightwish, je suis très occupée.

D’ailleurs comment tu te sens à l’approche de cette nouvelle tournée ?
Tu es nerveuse, impatiente, stressée ? Je ne suis pas nerveuse, non, je dirais que je suis plus préparée, car je sais maintenant comment ça fonctionne, comment ça va se passer. Le truc vraiment excitant cette fois et que je n’ai jamais fait avant, c’est que je prends ma fille avec moi, parce que la première partie de la tournée dure sept semaine, en Amérique du Nord et c’est impossible pour moi de la laisser si longtemps. Je ne suis certainement pas la première ni la dernière à faire ça. C’est un peu non conventionnel et les gens qui ont des jobs normaux ont du mal à imaginer ça. Personnellement, je remarque que les parents musiciens passent plus de temps avec leurs enfants, que des parents ordinaires, qui ne peuvent pas le faire.

Sinon, Nightwish est réputé pour ses belles mises en scène. Est-ce que vous avez préparé quelque chose de spécial pour la tournée ? Si oui, que peux-tu nous dévoiler ?
Je ne peux rien révéler à ce sujet pour l’instant, mais oui, en général on prépare toujours quelque chose de bien et on a fait de notre mieux cette fois encore.

Une question un peu « girly » maintenant, mais je suis fan de tes tenues de scènes, elles sont toujours magnifiques et originales. Est-ce que tu en prévois de nouvelles pour cette tournée ? Et si oui, avec quel(s) designer(s) as-tu collaboré pour les réaliser ?
Oui et non. Je vais porter des choses que j’avais déjà sur la tournée précédente, parce que je ne les ai pas portées depuis longtemps et je les avais reçues à la fin du tour, donc elles sont toujours en très bon état. Ces tenues ont été créées par Ingeborg Steenhorst, cette dame a travaillé sur mes tenues depuis toujours, même à l’époque de ReVamp et d’After Forever. Et en ce moment, elle travaille aussi sur quelque chose de nouveau… C’est génial de donner ses idées et de travailler avec quelqu’un qui les comprend parfaitement et qui les réalise. C’est sans doute un peu cliché, mais c’est vrai challenge de réaliser des vêtements qui sont à la fois « rock » et féminins.

J’imagine qu’il est bien trop tôt pour aborder ça, mais quand penses-tu que Nightwish travaillera sur de nouvelles compositions ?
Cette année sera séparée en deux parties : la tournée pour « Decades » et les festivals. Après ça, je pense que le moment sera venu de se remettre à l’écriture et la composition.

Finalement, as-tu quelques mots pour tes fans belges pour terminer cette interview ?
Je sais que c’est difficile d’installer complètement nos décors en Belgique, donc on joue souvent des shows plus minimalistes. Mais à chaque fois qu’on vient, on passe un moment formidable, le public est fantastique et les festivals sont toujours géniaux. Donc, on est impatients de venir vous voir en novembre ! Et j’espère que vous apprécierez de voyager avec nous dans nos souvenirs. Comme je l’ai dit, j’ai vu mon premier concert de Nightwish en Belgique et je boucle la boucle cette année encore ! (rires)

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