Hellzine n°15 | Interview complète de Follow The Cipher

Avec son metal moderne, Follow The Cipher est sans doute le nouveau phénomène de la scène suédoise. Rencontrons Linda (chant), ainsi que Ken et Viktor (guitares) pour nous parler de ce projet à la veille de la sortie de leur premier album éponyme.

Ma première question est assez simple : pourriez-vous résumer l’histoire du groupe ? Apparemment, le groupe serait né en 2014 et devait être un projet solo de Ken au départ. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Ken : Je cherchais une voix pour mon album, j’ai entamé quelques auditions et la dernière personne à auditionner était Linda, que j’ai choisie. On a ensuite décidé d’en faire un groupe. On était un groupe de jeunes qui buvaient des bières et improvisaient ! Au bout d’un certain temps, on s’est rendu compte qu’on voulait changer le style de notre musique. Linda était toujours de la partie mais un membre nous avait quitté, et c’est à ce moment-là que Viktor est arrivé. C’était une sacrée aventure, que j’ai fortement résumée pour le coup (rires) !

Et comment vous est venue l’idée de jouer ce style de metal en particulier ? Ken : Cette idée a également pris du temps avant d’émerger. L’énergie musicale des années quatre-vingt de "Winterfall" était une première pour nous. Peu après la composition de "The Rising", Viktor a commencé à composer aussi, et il a apporté une facette sonore et musicale qui manquait au groupe et qui lui est propre. C’est comme ça que notre style s’est dessiné.

Quelqu’un veut-il ajouter une information ou son point de vue ? Viktor : Ken et moi avons un style très différent. Je me souviens que Ken souhaitait que j’apporte ma propre touche. Mes influences sont plus violentes que celles de Ken. Ces influences supplémentaires ont vraiment joué un rôle important dans le résultat musical final, cette dualité entre la mélodie et la brutalité. Ken : C’était vraiment notre objectif en accueillant Viktor dans le groupe : fusionner le meilleur de nos deux mondes musicaux distincts pour en observer le résultat. On a voulu se laisser surprendre et cette façon d’aborder la composition est vraiment jouissive.

Pensez-vous que votre musique attirera un autre public en dehors des amateurs de « metal classique » ? Linda : Difficile à dire, mais je pense que notre style est assez loin d’être monochrome, mais c’est tout à fait possible. Ken : Ouais, c’est vrai ça ! Un nouveau genre peut vraiment trouver une place dans nos goûts inconsciemment en écoutant des morceaux accessibles, et j’essaye vraiment que notre musique le soit. De mon côté, faire en sorte que ma grand-mère ne couperait pas la radio si elle entendait notre musique… Bon, j’avoue, il y a quelques morceaux qui lui feraient probablement éteindre la radio… (rires) Viktor : Ça serait cool de voir ta grand-mère headbanguer sur certains morceaux, aussi ! (rires) Ken : Pourquoi pas, je lui demanderai de ta part ! (rires) Viktor : Merci mec.

Je sais que les groupes n’aiment pas qu’on les compare à d’autres, c’est normal. Certains affirment que votre musique est l’alliage parfait entre Nightwish, In Flames et Sabaton. Personnellement, j’ai tout de suite pensé à Amaranthe en vous écoutant. Qu’en pensez-vous ? Est-ce qu’une tournée à leurs côtés vous semblerait envisageable ? Ken : Je pense que ce serait envisageable. Je ne peux parler que pour moi, mais lorsqu’on me dit que notre musique ressemble à celle d’autres groupes, je ne suis pas du tout vexé, ça me fait simplement sourire, puisqu’à nos yeux, notre musique est vraiment unique. Linda : Ouais, ça serait bien une tournée avec Amaranthe ! Viktor : Je trouve aussi, il y a certains de leurs morceaux dont j’aime beaucoup le style et leur approche en termes de composition. Cela dit, mon objectif n’a jamais été de leur ressembler. J’ai commencé à travailler mon style musical en 2003 en studio et mes influences étaient vraiment antérieures à Amaranthe. Il ne m’est jamais arrivé d’écouter un morceau d’Amaranthe et de m’être dit : « Je veux créer un morceau dans ce style ! » Ce n’est jamais mon objectif. Quand je compose, je veux créer un morceau qui me plaî et qui mêle plusieurs émotions. Mais il est intéressant de constater que beaucoup nous comparent à Amaranthe, à Nightwish et à Sabaton. Je trouve tout de même que les auditeurs devraient se concentrer sur nos particularités et nos intentions plutôt que sur nos ressemblances extérieures indirectes. Ken : On a déjà entendu tous ces groupes, mais nous avons chacun nos horizons musicaux propres.

Pouvez-vous me dire comment vous avez trouvé le nom du groupe ? Vient-il d’un concept ? "The Cipher", à quoi ou qui fait-il référence ? Ken : Le nom m’est venu en 2003 pendant que je composais un morceau pour le groupe, morceau que j’ai décidé d’appeler ainsi ("Follow The Cipher", littéralement "Suivez le code"). On est souvent revenus sur ce morceau, et on trouvait que ça serait une bonne idée d’en choisir le titre comme nom de groupe. Nous n’avions pas de sens caché à l’esprit, et nous préférons laisser parler l’imagination de notre public quant à l’interprétation de ce titre. Viktor : On aime bien laisser le public y réfléchir. Au fond, nous n’avons pas la réponse nous-mêmes. (rires)

Je suis un peu déçue, mais c’est pas grave ! (rires) Quels thèmes abordez-vous dans les paroles de votre nouvel album, alors ? Ken : Nous y imaginons un avenir qui pourrait se concrétiser ou non, où l’environnement serait dans un état catastrophique, où la guerre y ferait rage, et où l’Homme n’agirait que pour se détruire lui-même. Je trouvais cette thématique de la dystopie intéressante pour l’écriture de paroles, dans un registre proche de la science-fiction. Les paroles ont pour but de transporter l’auditeur dans le parcours de l’Homme du présent vers un Enfer sur Terre. J’espère avoir bien répondu à ta question ! (rires) Viktor : Ouais, je pense que t’as mis le doigt dessus. On aime décrire des événements qui pourraient ou non se produire. Nos textes tournent toujours autour de cette dystopie.

Avez-vous (chacun) un morceau préféré sur votre album ? Linda : C’est souvent moi qui réponds la première à cette question. Difficile de choisir car je les aime tous, mais j’aime particulièrement "Valkyria", qui a une magie dans l’ensemble de ses ingrédients musicaux qui lui est propre. Ken : Je suis assez d’accord avec Linda. "Valkyria" est un des deux morceaux que Viktor et moi avons composé ensemble, dans la même pièce. D’habitude, je m’occupe des mélodies et des parties plus douces, et Viktor s’occupe des parties rythmiques et plus agressives, mais en composant ce morceau, nous avons spontanément échangé nos rôles à certains moments. J’ai écrit une partie de la rythmique agressive et Viktor a écrit la mélodie du refrain sur cette bombe de morceau ! Ces différences ont leur importance, je trouve. Sinon, j’aurais choisi "Play With Fire". Viktor : je trouve aussi que "Valkyria" a sa particularité, en ce qu’elle comprend tous les ingrédients qui forment l’identité du groupe : un début rapide, une belle voix agressive, etc.

J’ai bien aimé le morceau "Valkyria", mais j’étais particulièrement impressionnée par votre interprétation de "Carolus Rex" de Sabaton. Linda, comment t’es-tu préparée pour ce morceau ? Était-ce difficile ? Linda : Pas vraiment. L’idée d’ajouter une reprise à notre album venait de Markus Staiger, le PDG de Nuclear Blast. Il nous a proposé de choisir un morceau de Sabaton, et quand j’ai essayé de chanter "Carolus Rex", j’ai vraiment adoré le faire dès la première fois. J’ai eu l’impression que ce morceau était taillé pour ma voix et j’avais vraiment envie de le sélectionner pour l’album. On l’a finalement choisi et je pense qu’on s’en est bien sorti… Ken : Et comment ! La première fois que je l’ai entendue chanter sur l’album, j’ai eu exactement la même impression : que ce morceau était taillé pour ta voix. Viktor : En plus c’était un choix ambitieux, car tout le monde connait Sabaton et ce morceau, et que Joakim a une voix très typique et unique, donc on prenait le risque de décevoir. Je trouve qu’au final, la version chantée par Linda est même meilleure que l’originale.

En tout cas, j’aime vraiment bien votre version. Linda, quelles sont tes influences pour le chant ? Si tu pouvais chanter en duo avec un seul artiste, qui choisirais-tu ? Linda : Je ne sais pas vraiment ! Je me vois plus comme une fille qui utilise sa voix que comme une chanteuse. En ce sens, je n’essaye pas vraiment de ressembler à qui que ce soit. Cependant, en termes d’appréciation pure et simple, j’aime beaucoup le rock’n’roll des années quatre-vingt et certains groupes de rock des années septante tel que Led Zeppelin. Si je devais choisir une voix pour un duo, je pense que je choisirais Lady Gaga.

Quelle bonne idée ! Lady Gaga : Après Metallica, c’est au tour de Follow the Cipher ! (rires) Qu’est-ce qui vous inspire à jouer et à créer de la musique en général ? Viktor : Personnellement, tout peut me pousser à créer, même une publicité à la télévision. Mais en réalité, Ken m’a vraiment beaucoup inspiré sur cet album qu’on a enregistré. Sa manière de composer les mélodies était vraiment une découverte pour moi. J’ai réutilisé certaines de ses techniques à posteriori. Donc Ken est vraiment une inspiration majeure pour moi, en fait (rires) ! Ken : (rires) Merci ! Viktor : Il fallait que je le dise ! Ken : Je suis humble, hein ? (rires) Personnellement, je n’ai pas d’inspiration précise pour composer. Je compose beaucoup en studio, sur base de mélodies qui me viennent mentalement et que je joue, mais il m’arrive aussi d’avoir une idée de morceau en dénichant un son particulier sur un synthétiseur à force de fouiller dans les presets, et d’avoir envie d’exploiter ce son dans un morceau. Tout me vient sur le moment en studio, rien n’est vraiment calculé. Linda : Mes inspirations sont aussi très vagues et diverses. Une idée peut me venir d’une publicité, d’une couleur, ou même d’un océan ! (rires)

Que ressentez-vous lorsque vous pensez à la date de sortie très proche de votre album ? Ken : C’est exaltant, bien que ça nous rende un peu nerveux. On ne sait pas vraiment à quoi nous attendre puisque c’est notre tout premier album et nous n’en avons aucun qui le précède et auquel nous pourrions le comparer, ce qui en fait une sorte de saut dans l’inconnu. La réaction du public pourrait être tout et son contraire. On peut espérer que l’album sera bien reçu, mais pour l’instant, c’est surtout inquiétant ! Viktor : Je suis inquiet aussi. Pour l’instant, on n’a publié que deux morceaux… Non, trois… Non, quatre en fait ! Je suis surtout inquiet concernant la réaction du public pour les morceaux qui n’ont pas encore été publiés, mais ça devrait le faire. Linda : Pareil : je suis inquiète mais je pense que ça va aller. Ken : Ah, et on espère que l’humanité survivra ! (rires généraux)

Qu’avez-vous prévu après la publication de votre album ? Linda : Nous avons deux dates : l’Open Air Metalfest en République Tchèque, et l’autre au Graspop, en Belgique. Je ne suis pas forcément sereine au sujet de ces dates, mais on a déjà donné quelques gros concerts, donc tout devrait bien se passer. (rires)

Je pense que vous vous amuserez bien en Belgique, car j’ai consulté votre page Facebook et constaté que vous aviez déjà beaucoup de fans belges ! C’est votre premier album, et vous êtes déjà sous l’égide de Nuclear Blast. Comment votre contrat avec eux a vu le jour ? Viktor : J’avais presque oublié, mais en fait, c’est un membre de Sabaton qui a recommandé à Markus d’écouter notre musique, puis notre bassiste a rencontré Markus totalement par hasard aux toilettes, et c’est comme ça qu’on a commencé à discuter avec lui. Ensuite, l’an dernier, nous avons rencontré Markus, qui nous a dit qu’il voulait être notre producteur. Il nous gardait à l’œil depuis deux ans. Et je pense que tout artiste est sous le choc comme c’était notre cas quand le PDG de Nuclear Blast te propose de signer chez eux ! Ken : À cette proposition a suivi une discussion intéressante sur le statut du groupe, car ce genre de contrat amène des responsabilités et qu’a priori, nous n’avions pas une position financière en tant que musiciens qui nous permettait d’assurer notre partie du contrat, ce qui aurait été injuste pour le producteur. Nous ne souhaitions pas ce genre de contrat au départ et donc on a vraiment décidé, à la suite de cette discussion, de nous engager à donner le meilleur de nous-mêmes pour être à la hauteur des attentes. Jusqu’ici, ça a très bien fonctionné : on a un très bon lien avec Nuclear Blast, qui est presque une seconde famille pour nous. Viktor : Oui, ils sont vraiment professionnels et gentils.

Que diriez-vous à vos potentiels nouveaux auditeurs pour piquer leur curiosité et leur donner envie de vous écouter ? Ken : On a la meilleure chanteuse de tous les temps et une musique de fou ! (rires généraux)

Comme je vous le disais plus tôt, vous avez déjà pas mal de fans en Belgique. Que leur diriez-vous si vous aviez l’occasion de leur passer un message ? Ken : On est impatients de venir au Graspop, de vous y voir, et si nous avons l’occasion de vous rencontrer, nous serons ravis de discuter avec vous autour d’une bière !

Merci beaucoup de votre temps, et bonne chance pour la suite !

Interview : Isabelle / Traduction : Dorian

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